Une nouvelle initiative met l’accent sur les semences d’arbres indigènes de qualité.
Photo: © Patrick Shepherd/CIFOR

Exploiter la qualité des arbres indigènes d’Afrique

Les semences sont une première étape critique de l’action pour le climat. Elles confortent les moyens d’existence des populations locales ; améliorent la sécurité alimentaire et préservent la diversité bioculturelle. Le tout récent projet RTRP-Seed (Right Tree, Right Place: Seed Project – soit « projet de semences pour le bon arbre au bon endroit) les utilise pour transformer les paysages africains.

Une initiative climatique ambitieuse sur six ans visant à tirer parti de la qualité des semences d’arbres indigènes et conduite par le Centre international pour la recherche en foresterie et agroforesterie (Center for International Forestry Research and World Agroforestry – CIFOR-ICRAF) vient d’être lancée à Nairobi, Kenya, en mars 2024. Elle vise à accélérer la réalisation des objectifs de restauration des terres africaines. Le Right Tree, Right Place: Seed Project va améliorer la disponibilité de semences d’arbres indigènes de qualité au Kenya, en Ouganda, en Éthiopie, au Rwanda et au Burkina Faso.

Selon Ramni Jamnadass, conseillère principale pour les ressources génétiques forestières et la biodiversité au CIFOR-ICRAF et chercheuse principale du projet, « l’Afrique est confrontée à une dégradation alarmante de ses paysages. Plus de 50 pour cent de la superficie du continent sont classés zones dégradées, coûtent annuellement des milliards en perte de productivité et menacent les moyens d’existence. Vient aggraver cette crise la perte rapide de biodiversité, notamment du patrimoine génétique des forêts africaines, comme l’indique le rapport State of the World's Trees 2022, publié par Botanic Gardens Conservation International (BGCI), avec extinction d’espèces due à la déforestation et au changement climatique. L’Afrique est particulièrement vulnérable à cette perte de résilience de la nature ».

Cette initiative cherche à combler le fossé qui existe entre la politique de plantation et la plantation proprement dite, à améliorer la coordination de l’accessibilité aux semences entre secteur public et secteur privé, et à créer des modèles de gestion viables visant à promouvoir l’adoption de semences d’arbres indigènes, autant d’activités qui nécessitent un ensemble unique de compétences.  

Investir dans les systèmes de semences

« Nous avons besoin de semences de qualité pour les essences qui conviennent le mieux pour le rôle qu’elles jouent et pour l’environnement. C’est ainsi qu’on crée des écosystèmes efficaces et résilients – pour la sécurité alimentaire, la biodiversité, les moyens d’existence et la stabilisation du climat. En favorisant les essences indigènes, nous ne nous contentons pas de préserver notre environnement, nous collaborons également avec les communautés locales et encourageons la résilience. En investissant dans des systèmes de semences, nous préservons notre patrimoine, protégeons la biodiversité, créons un patrimoine mondial susceptible de donner lieu à la mise en place de systèmes de semences d’arbres de qualité, y compris dans le secteur privé, et garantissons un avenir durable aux futures générations », a déclaré Éliane Ubalijoro, directrice générale du CIFOR-ICRAF.

Disposant d’un budget de 20 million d’euros, cette initiative de restauration des paysages va encourager la création d’un environnement favorable à la production de plants et de semences d’arbres indigènes et intensifier la dynamique de l’offre et de la demande grâce au partage des connaissances, à la mobilisation des semences et au développement des capacités, par exemple. Le projet a ceci d’innovant qu’il répond à des problèmes locaux et mondiaux en plantant des arbres répondant aux préoccupations climatiques actuelles et à celles qu’on prévoit pour demain. Il s’appuie sur les connaissances locales, la science et la coopération entre les communautés et les secteurs public et privé pour faire en sorte que la restauration des forêts soit modulable et durable. 

Superficie du projet : 20 millions d’hectares de terres 

Le projet RTRC-Seed (Right Tree, Right Place : Seed Project) est financé par le ministère fédéral allemand de l’Environnement, de la Protection de la nature et de la Sûreté nucléaire (BMUV), par l’intermédiaire de l’Initiative internationale pour le climat (IKI). Il est mis en œuvre par le CIFOR-ICRAF, Unique land use GmbH, BGCI, le Global Landscapes Forum (GLF) et l’université de Copenhague (UCPH)/Danemark.

L’initiative s’est donnée pour objectifs de couvrir 20 millions d’hectares de terres d’ici à 2045, de préserver 4 millions de tonnes de sol supplémentaires par an, de séquestrer 19 millions de tonnes de CO2 supplémentaires et de créer plus de 80 000 emplois dans le domaine de l’exploitation accrue des produits dérivés des arbres.

 

Le Right Tree, Right Place: Seed Project sera mis en œuvre :

  • au Kenya qui, en vertu du Défi de Bonn et de l’initiative AFR100, s’est engagé à restaurer 5,1 millions d’hectares de forêt indigène d’ici à 2030 ; 
  • en Éthiopie, où le projet est conforme à l’engagement du gouvernement de mettre en place une économie verte résiliente au changement climatique d’ici à 2030 et de respecter l’engagement du pays à restaurer 15 millions d’hectares de forêt indigène dans le même délai en vertu du Défi de Bonn et de l’initiative AFR100 ; 
  • au Rwanda, où il aide le Défi de Bonn à restaurer 2 millions d’hectares de terres et appuie la Vision 2050 du passage à une économie verte ; 
  • au Burkina Faso, où il contribue à la participation du pays à l’initiative Grande muraille verte de l’Union africaine ainsi qu’à la réalisation de son engagement à restaurer 5 millions d’hectares de terres en vertu de l’initiative AFR100 et du Défi de Bonn ; 
  • en Ouganda, où il soutient l’objectif de restauration d’environ 12 pour cent de la superficie totale des terres (2,5 millions d’hectares) en vertu de l’initiative AFR100 et du Défi de Bonn .

(ICRAF-CIFOR/ile)

Pour en savoir plus, consulte le site web de l’ICRAF-CIFOR (en anglais)